Vire la haine !

Ma vie s’est partagée entre deux passions, la musique et la cuisine. N’ayant jamais écrit autres choses que des saveurs, des sons pour, de temps en temps, générer de l’harmonie, je me sens démuni, avec cette plume, ce soir.

Je voudrais simplement vous dire que la cuisine et que la musique n’ont jamais eu de patrie, qu’elles n’ont jamais été bleu, blanc, rouge et qu’elles n’auraient pu s’épanouir sans liberté.

Je voudrais simplement vous dire que quand le soleil se couche pour moi, il se lève pour un autre, quand un Mozart se joue, son génie, sa transcendante fraternité est perçue de tous les peuples, quand un oignon rissole dans quelque huile que ce soit, l’appétit vient au monde entier.

Je voudrais simplement vous dire, malgré votre étonnement pour cet étrange appariement entre Mozart et une odeur, que l’harmonie, après laquelle j’ai toujours couru, est ce devoir que nous avons, cette impérieuse nécessité devrais-je dire, d’aider, d’assister l’autre vers sa liberté absolue de conscience, vers l’administration exacte de ses choix, dans l’absence de tous dogmes, vers ce plaisir de découvrir sans cesse et sans fin ce qui se fait ailleurs, ce qui s’écoute ailleurs.

Je me sens démuni, avec cette plume, ce soir, moi le vieux charentais, parce que la haine n’aime pas l’odeur, elle n’aura jamais de grands cuisiniers et ne servira que de spartiates brouets à de brunes et décervelées phalanges, elle n’aura jamais de grands musiciens car portée fait oxymore avec barbelé.

La haine n’aura jamais d’artistes.

La haine ignore la spiritualité qui nous unit, nous créateurs, nous acteurs de vie, elle ignore l’histoire de l’homme, abolit jusqu’à la génétique qui nous fait.

La haine, mes enfants, réécrira, si nous la laissons faire, l’origine des végétaux et des animaux qui peuplent nos assiettes, une blanche vaudra vraiment deux noires et là, là, nous serons coincés, murés dans les silences qu’elle imposera à nos partitions, morts de n’avoir su générer l’harmonie.

Ma vie s’est partagée entre ces deux passions.

Mon coeur, lui, ce soir, usé et fatigué, n’est pas partagé, il bat encore et je l’entends qui tambourine à la porte de mon âme et lui crie:

Vire la haine pour que vive l’harmonie!

Bernard Pichetto – 2002

Appartenance

APPARTENANCE   –   Sans date

Biologiquement, j’appartiens à l’espèce humaine.

La « patrie » est pour moi l’appartenance à tout ce que j’aime, à tous les lieux et les gens qui m’ont accueillie avec beaucoup de générosité, d’amour et de tendresse. A chaque personne qui m’a dit un mot gentil et touchant.

J’appartiens aux arbres des bois, qui nourrissent mon corps et oxygènent mes poumons.

J’appartiens aux fruits et aux légumes et à toutes ces belles choses.

Et si on me demandait : «  A quelle espèce tu aurais voulu appartenir si on t’avait laissé le choix? », j’aurais sans doute dit : aux papillons… , ils sont beaux et surtout légers… Mais aussi aux sons du piano, qu’on entend mais qu’on ne peut voir… et dont la présence est si légère…

Ne me parlez pas d’identité !
Parlez-moi de vous, de votre chaleur, de vos cœurs… De vos sourires, de vos enfants et de vos fleurs…
C’est un peu ça l’identité… : une culture perpétuellement ensemencée.
Et comme l’avait joliment dit le poète palestinien Mahmoud Darwich dans son poème Passeport :  » Tous les cœurs des Hommes composent ma nationalité. Alors, ôtez-moi ce passeport!  »
Alors, ôtez-moi de vos mots en corset serré. Ouvrez les portes vers l’étendue. Nous y trouverons vie et respiration.

Rawa-Marie Pichetto