« Le courageux est le partenaire de la grâce » de Cynthia Fleury – La reconquête du courage

 » Cette flamme, c’est elle qui éclaire dans la nuit de l’exil le papier sur lequel j’écris en ce moment. (…) Cette voix qui proteste dans l’ombre c’est la mienne… » Victor Hugo, cité par C. Fleury dans la Fin du Courage, page 173. 

Mon oreille, familiarisée depuis l’enfance avec les « sons »  (et ceux en particulier de la musique que j’apprenais), a capté, depuis que j’ai commencé à écouter Cynthia Fleury, une puissance qui touche, sans doute grâce à sa manière de manipuler le verbe et les mots – qui, par son intermédiaire, reviennent souvent à leur genèse, à leur étymologie. Les mots sont présents sur un fond de « poésie » en filigrane. Elle n’est pas directe, elle est présente tel un rideau blanc en voile, que le vent fait bouger, onduler légèrement devant une fenêtre ouverte, un après-midi d’été, dans un endroit calme (ville ou maison en campagne) ; un rideau qui nous transporte doucement, légèrement. Tout en faisant passer un air réchauffant, de ces airs estivaux méditerranéens où la chaleur est enveloppante et le corps réchauffé. Des soleils oubliés de pays lointains, à peine vraiment connus.
Ou, la fraîcheur de la campagne dans des maisons en pierre ou en briques, du Sud-Ouest de la France par exemple, où les corps peuvent se détendre dans les après-midi de juillet et août, à l’heure de la sieste, enveloppés de peu et de beaucoup : la belle verdure, parfois encore abondante, des arbres autour, quelques oiseaux œuvrant  autour de leurs nids,  un air rafraîchi dans ces maisons douces. On voit le soleil à travers les volets semi fermés, on se délasse…
Mais c’est aussi ce fond imaginaire en filigrane, qui évoque les nuits. Une lumière basse, les livres qui meublent une pièce, un bureau, une plume, et la Pensée.
De nos temps modernes, nous ajoutons la présence d’un ordinateur, ouvert sur le monde via la Toile. Il y a à la fois la belle austérité du travail avec les mots et la pensée – austérité qui ne change pas tellement à travers les siècles, presque la même, mélange du passé et du présent – et le présent ici et maintenant. Presqu’une fusion entre cet hic-et-nunc et ces temps anciens qui diffusent encore leur lumière en nous, à travers les œuvres.

C’est avec ce fragment d’imaginaire (car il y en a d’autres en fonction de l’orientation dans l’œuvre), que je lis actuellement les œuvres de Cynthia Fleury, parfois d’une manière ordonnée, parfois anarchique, selon cette ondulation que la vie nous impose parfois.

Lire et écouter Cynthia Fleury devrait faire l’objet d’une « ordonnance »* par les médecins généralistes, voire les psychiatres du futur (– que j’espère proche ! ). Car, se nourrir de cette pensée équivaudrait à la prise de « cachets » à forte capacité thérapeutique et guérisseuse ! La pensée que la philosophe porte et transmet grâce à son verbe, écrit ou dit, comporte des substances actives.
—* De plus, cela coûtera moins cher à la Sécurité sociale…

J’ai rarement été touchée par une telle découverte ! Touchée jusqu’à l’émotion car le lien entre la Pensée et l’Imaginaire – générateur d’émotion esthétique – est fort. C’est une pureté que j’ai rarement rencontrée ailleurs…
Nous sommes en présence d’une pensée** fertilisante, riche, à forte capacité régénératrice, si on y prête l’oreille en toute confiance.
D’autant plus que notre citoyenneté et nos êtres sont mis à mal par tous les courants (- image maritime- ) de la vie politique et sociale en France, suffisamment perturbée et trouble!
Ce souffle nous ramène aux fondamentaux. A quelque chose de vital, à la santé et à la Beauté, et à une autre manière de vivre le Temps.

(**Je désigne l’ensemble du travail de Cynthia Fleury.)

Extraits :
« le courageux sait qu’il doit lui-même le [kairos] produire, qu’il faut agir comme si l’instant n’existait pas, comme si la grâce n’advenait pas. Il sait qu’il est lui-même l’agent fécondant susceptible de créer des instants dans lesquels l’accès au présent et à soi-même est possible »
(…)
Le courageux sera donc le partenaire de la grâce, son compagnon, une sorte de principe actif. Le hasard ne se féconde pas seul. Et le courage reste un ensemencement possible de la grâce. »  (La fin du courage, pages 95-96). 

La fin du Courage, Cynthia Fleury, Éditions Fayard, 2010. 208 pages.
Existe en Livre de Poche.

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