Extraits de “La Démocratie peut-elle guérir ?”, rencontre avec Cynthia Fleury

Dans le cadre des “Rencontres littéraires de Pau – Les Idées mènent le monde”, édition 2018, la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury a parlé des maux et possibilités de guérison de la démocratie.
Nous pouvons visionner cet entretien via le lien suivant et lire quelques extraits ci-dessous. 


Autour de la protection sociale et la démocratie

« Ces dernières années, on a mis en danger cet ethos, cette manière solidaire que nous avons d’être ensemble (…). Après 1945, et même avant, vous avez le fait le dire qu’il n’y a pas d’état de droit sans état social.  La boucle est bouclée en terme de démocratie et de régime intéressant pour nous quand précisément les deux sont entrelacés ; donc vous allez avoir ce grand rêve, certes de la croissance, mais surtout un rêve d’émancipation, donc une société dont les piliers sont l’émancipation et la protection sociale ; c’est la question de l’inconditionnalité de la sécurité sociale, etc. Ce n’est pas cela aujourd’hui. Aujourd’hui, vous avez une société dont le pilier structurant est la société de consommation et non pas la société de la protection sociale. Cela n’a quasiment plus d’enjeu, C’est quelque chose qui est loin des gens. Face à la protection sociale, il y a la sécurité qui est quasiment l’inverse de la protection sociale. Car quand vous venez consolider la protection sociale, vous consolidez la pacification des relations entre les uns et les autres, la relation de confiance, donc ce qu’on appelle “Common decency”, la décence commune : tout ce qui vient réguler une société et la maintenir ensemble. Donc elle est moins violente. Elle est moins inter-agissante de manière agressive.
Quand vous coupez cela et que vous faites croire que vous allez matérialiser l’émancipation – c’est-à-dire vous oubliez l’émancipation mais en gros en vous donne un écran TV –  vous allez avoir hyper-consommation et hyper-sécurité.

Aujourd’hui, on est dans cela. Dans le fait qu’on a lâché l’éthique comme mode constitutif de nos sociétés, et qu’on s’est dit que la technique, l’économie de marché et la marchandisation du monde vont faire société. Mais non! Cela ne fait pas société au sens arendtien de “monde commun”. Ce qui est terrible c’est que cette idée de “faire monde commun”, je ne suis pas sûre qu’elle reste inspirante pour tout le monde. » Cynthia Fleury

Autour de la question du soin et de la Chaire de philosophie à l’hôpital

« La question du soin, c’est la base aussi. [Il s’agit] de sortir de l’idée du soin comme assistanat. (…)
Le
care, la curiosité, c’est la même racine. C’est la question de l’attention. L’attention aux choses, donc la connaissance ; l’attention aux êtres, donc les questions solidaires d’empathie, de cohésion sociale. (…)
Quand j’ai voulu créer un outil (…) je me suis dit que la Chaire de philosophie aura davantage sa place – en tout cas aujourd’hui aussi – dans un hôpital, lieu précisément du soin, qui doit restaurer ce soin, cette humanisation des soins. La Chaire existe dans différents endroits et elle porte cet enseignement des Humanités de la santé. » Cynthia Fleury