Tweet-clique n’est pas automatique ! – Réseaux sociaux 1

℘  Comme beaucoup de personnes, j’ai un compte Twitter et comme beaucoup de personnes j’ai un compte Facebook…
Comme beaucoup de personnes, je tweete, j’aime, je retweete et je partage.
Il fut même un temps où je “partageais” beaucoup, j’écrivais des posts sur Facebook et je passais un temps important sur ce “réseau social” pour partager une pensée personnelle avec des ami-es dans la vie réelle ou virtuelle, ou un avis sur un problème de société ; et des discussions se déroulaient sur ma page, notamment à l’occasion des élections présidentielles de 2017 en France…

Etc.

Mon compte Facebook me servait, à la base, de support médiatique; une sorte de revue de presse où je voyais défiler tous mes abonnements aux journaux et radios qui m’intéressaient. Je trouvais l’outil, pour cet usage, intéressant. Au début, je n’écrivais rien. Quelques “amis” écrivaient des posts personnels. Pour les uns, ils parlaient parfois du dernier bébé qui avait fait sa première dent, ou celui qui était déjà propre… ; pour les autres, il y en avait qui disaient “bonjour” dans un post, puis un peu plus tard dans un autre post, ils exprimaient leurs points de vue sur des sujets de société, leur humeur du jour, etc. Les uns et les autres avaient des “j’aime”, des commentaires, des “smileys”, etc.
Je trouvais bizarre que quelqu’un se mette derrière un écran et écrive “bonjour” ou un trait d’humeur à un nombre d’ “amis” dont il ne connaît même pas 10% d’une liste bien longue (car pour une bonne partie, ils avaient beaucoup d’ “amis”)!
Le phénomène commençait à m’intéresser sociologiquement. J’observais…
Puis, et pour des nécessités autres, je m’étais trouvée un peu obligée à publier certaines choses parfois (éloignement géographique de certaines personnes proches, et de certains amis). C’était un moyen de partager quelques bribes de nos vies éclatées entre plusieurs villes, pays, dans le cadre de ma page comportant peu d’ “amis” et dont les publications personnelles restaient en mode “amis”.
Mais le phénomène commençait à me lasser pour plein de raisons déjà analysées dans tous les travaux sur la virtualisation de nos vies, ainsi que le narcissisme bien développé sur certains réseaux sociaux.

Sur Twitter, c’est un autre son de cloche.

Mais comme sur Facebook précédemment, je partage – plutôt je retweete -, je tweete ; et comme sur Facebook, je commente peu. Mais “j’aime” toujours autant !
Et comme sur Facebook, j’ai créé aussi un nombre important d’abonnements qui me permettent d’avoir un aperçu de l’actualité et des informations sur des sujets qui m’intéressent.

J’ouvre, ça défile.
France Culture tweete à propos d’une émission très intéressante pour mes recherches personnelles : la Grande Table, Les chemins de la Philo, Les Matins, Entendez-vous l’éco… Ça palpite! Oh je clique! Je clique pour ouvrir le lien.
Je reclique, clique, clique… 50 onglets au moins sur deux navigateurs surchargés (et un ordi qui rame parfois… Ben oui! ).
Mais manie! : je ne peux retweeter sans avoir lu l’article !
– Vous imaginez le boulot !!!
Je ne peux pas retweeter sans avoir écouté l’émission.
– Fidélité à mes principes de savoir ce que je diffuse, et à une manie apprise lors des recherches universitaires: vérifier, sourcer, etc.-
Mais parfois, je pratique le RT par amitié, une fidélité à quelqu’un dont j’apprécie les travaux, les idées…
Et parfois vient le moment où un Tweet peut prendre des proportions importantes au niveau des RT et Likes. Oh, oh ! Pourquoi ?! Une phrase, attrape-likes, a frappé!

Des fois, quelques petites étincelles sympathiques, chaleureuses se produisent sous formes d’échanges “personnalisés” sur le fil de quelqu’un. Cela donne un peu d’âme, quelque chose de moins impersonnel.

Mais malgré tout cela, malgré le potentiel important d’un outil comme Twitter pour diffuser l’information, créer un réseau, malgré des minutes, longues parfois, que je peux passer à peaufiner un tweet, et malgré le fait que j’apprécie vraiment les pages de certaines personnes qui y sont, j’ai un peu mal quand même… Mal à mon “tweet”, à mon “j’aime” et à mon “retweet” . Car ce fil infini me pose problème:
à quoi sert vraiment cette enchère et surenchère de l’info ?
C’est moins l’idée de faire des tweets et de partager qui me fatigue que l’idée de ce fil infini, de ces RT infinis, à tel point que le geste même de tweeter/retweeter ne m’est plus facile, tellement cela me donne l’impression de “jeter” une info – parfois précieuse – dans un puits sans fin… C’est vertigineux.
A quoi bon toutes ces bribes d’informations puisqu’on le sait, personne n’a le temps d’ouvrir tous les liens, lire les articles, visionner les vidéos…!

C’est quoi le sens de l’info à l’infini ? Où sont passés le vrai savoir, l’ incorporation avec le monde ? Incorporation qui permet cette alchimie nécessaire au savoir, lorsqu’on lit, profondément, et qu’on chemine avec les lignes d’un livre ou d’un article!
Cette alchimie a besoin de temps, mais nous n’avons plus le temps. Nous n’avons plus envie de respirer. Courir nous plaît, jusqu’à l’épuisement de tout. Nos corps crient : «Arrêtez». Et nous affirmons : «Je “n’a” pas le temps!»  ℘

 …

 jean-beraud-Femme-au-cafe

Jean Béraud – Au café

 Rawa-Marie Pichetto - 4 avril 2019

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