Démocratie et représentation

Témoignage citoyen – Billet libre

Par Rawa-Marie Pichetto

J’ai écouté, et réécouté, cette émission de France Culture : “L’année vue par la philosophie… sur le thème: “La démocratie nous représente-t-elle encore ?” (Chemins de la philosophie, Adèle Van Reth, 02.02.2016), où intervenaient : Pierre Rosanvallon, Cynthia Fleury et Olivier Dard.
Nous lisons ceci sur la page de l’émission sur France Culture :

“De quoi l’abstention aux régionales et la montée du Front National sont-ils le symptôme ? Si les citoyens français ne votent plus, ou en tout cas plus pour les partis dits “classiques”, doit-on en conclure que la démocratie ne nous représente plus ?”

En réaction à ce débat fort intéressant – et qui remue le couteau dans la plaie – j’écris ce qui suit.

15 mois plus tard (en référence à la date de l’émission), nous nous sommes trouvés face aux élections présidentielles. Expérience éprouvante. Entre le dossier de “l’affaire Fillon”, le bis repetita des élections présidentielles de 2002, le débat de l’entre-deux-tours, l’explosion et l’implosion de la gauche,… nous étions plusieurs à nous trouver face à un choix impossible, difficile, dur, au 2ème tour des élections où l’abstention a atteint 25% des inscrits, la plus forte depuis 1969 !
Je me souviens de ces longs débats à la radio entre analystes politiques, politologues et autres, autour de l’affaire Fillon…
Je me souviens des déclarations de Fillon lorsqu’il avait dit qu’il retirerait sa candidature s’il était mis en examen!
Je me souviens aussi des électeurs de gauche qui étaient allés voter aux primaires de la droite pour virer un Nicolas Sarkozy!
Je me souviens de certains débats sur les réseaux sociaux entre ceux qui étaient pour ce vote aux primaires de la droite et ceux qui étaient contre…
Je me souviens de la soirée du débat de l’entre-deux-tours…
Mais…, ce dont je me souviens le plus – moi qui suivais cette période-là d’une manière acharnée, écoutais, lisais, observais,– c’était bel et bien cette impuissance que beaucoup d’entre nous ressentaient en écoutant la folie – devenue obèse si je puis dire – de ce spectacle électoral !
Le débat de l’entre-deux-tours était une épreuve à part entière. Par fidélité à un engagement citoyen que j’avais pris, je me suis forcée à aller jusqu’au bout de ce débat. J’ai encore ce goût amer dans la bouche de sentir que nous subissions cela. Que nos rêves, pour certains, s’envolaient, s’évaporaient devant un non-sens électoral.
Il était difficile d’aller voter au 2ème tour. Nous avions marre du “vote utile”. J’en avais très marre. J’ai mis un temps fou à me décider à aller voter “contre Marine Le Pen”. J’avais vécu la version 2002 (Chirac/JM Le Pen). Le bis repetita était très amer. J’ai vraiment eu l’impression d’enterrer une entité précieuse : notre espoir citoyen. Ou notre citoyenneté même, tellement ces élections présidentielles de 2017 m’ont paru une farce électorale. Un non-sens, dangereux.  J’ai eu l’impression que les choses nous échappaient, et que nous agissions dans une urgence délétère. Déjà cuits dans un système qui vrille le sens de l’intérieur.

Or, quand, il y a deux jours, j’ai écouté le podcast de cette émission de France Culture, j’ai eu envie de pleurer. Car ce que disaient Cynthia Fleury et Pierre Rosanvallon remue le couteau dans la plaie, ou réveille un “mort” (même si les propos avaient été dits en 2016, bien avant les élections présidentielles.)
Ce “mort” est une partie de nous-mêmes. Celle qu’on tait pour pouvoir survivre. L’espoir de sortir de ce “speed” généralisé. De cette course à la performance, à une existence artificielle où “vivre” ne s’ancre plus dans le temps réel mais dans le temps réaliste.
Et dans le temps réaliste, on ne vit pas. On court… vers nos burn-out collectifs!

Extraits :
“Cette crise de la représentation nous renvoie à une chose essentielle qui est de dire que l’Etat de droit, la démocratie, a un pacte absolument essentiel avec la Connaissance. (…)
Dans l’Etat de droit, on explique.
L’Homme est ce vivant qui précisément ne clive pas l’agir et la pensée. Et nous fonctionnons dans des systèmes où on demande aux sujets de se cliver pour agir. Il y aurait d’un côté ceux qui pensent et de l’autre côté ceux qui agissent. On joue à disqualifier l’un par l’autre sans cesse.”
(Cynthia Fleury,  Émission France Culture du 02.02.2016: “L’année vue par la philosophie… sur le thème: “La démocratie nous représente-t-elle encore ?”  ).

“Il y a des outils à inventer. Déjà un premier outil : si vous voulez vraiment mettre en place une citoyenneté capacitaire, vous renvoyez à la modélisation économique de cette citoyenneté capacitaire, c’est-à-dire une allocation universelle, c’est-à-dire un revenu moyen, c’est-à-dire quelque chose qui fait qu’à un moment donné vous ne travaillez pas simplement pour survivre. Ce sont deux choses différentes. Et vous pouvez libérer un temps, un temps propre, un temps pour penser et un temps qui peut être citoyen, et à ce moment-là, vous pouvez vous former, vous approprier les nouveaux outils.”
(Cynthia Fleury, Émission France Culture du 02.02.2016: “L’année vue par la philosophie… sur le thème: “La démocratie nous représente-t-elle encore ?”  ).

“Je pense que la démocratie ce n’est pas seulement un système de choix des gouvernants. Voilà la question fondamentale. Il faut que la démocratie soit aussi un ensemble d’institutions qui permettent de contrôler ces gouvernements.”
(Pierre Rosanvallon, Émission France Culture du 02.02.2016: “L’année vue par la philosophie… sur le thème: “La démocratie nous représente-t-elle encore ?”  ).

<Nous ne pourrons pas faire la démocratie si nous restons dans une terrible ignorance les uns des autres.> (Michelet). Or aujourd’hui, ce qui nourrit souvent la société française c’est le fait que dominent des préjugés, dominent des stéréotypes sur la vie des gens, et faire démocratie c’est aussi être dans un rapport à la réalité des autres, se connaître les uns les autres.”
(Pierre Rosanvallon, Émission France Culture du 02.02.2016: “L’année vue par la philosophie… sur le thème: “La démocratie nous représente-t-elle encore ?”  ).

 Auteur du texte Rawa-Marie Pichetto

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